Ours : un avis non certifié

par | 12 Juin 2020

Le sujet de l’ours s’est invité il y a quelques semaines avec une trace trouvée à Brassac, peut-être du fait d’un plaisantin. L’actualité de ces jours derniers est malheureusement beaucoup moins drôle avec cet ours retrouvé tué par balles à Ustou.

Les avis d’experts ont envahi nos vies et sont censés nous permettre d’avoir une opinion sur tout. Je tiens à préciser que je ne suis expert dans aucun domaine et que mon avis ne reflète ni celui du site, ni celui d’un groupe de personnes. Il est dénué d’intérêt financier, politique ou personnel. Ce n’est que mon avis, celui d’un amoureux de la nature.

Sur l’ours, tout le monde – les politiques, les médias, les « pro » et les « anti » – essaie de nous faire croire que nous devons choisir un camp et ne plus parler sans passion excessive à l’autre camp, voire à ne plus communiquer du tout.

Une chose est sûre, nous vivons sur un même territoire et nous y sommes bien. L’ours aussi y est bien, tout en haut de la chaîne alimentaire.

Je suis issu d’une famille d’éleveur de la vallée, je connais l’effroi causé par l’attaque d’un prédateur sur les troupeaux et le sentiment que le bien-être de l’ours brun en voie d’extinction dans les Pyrénées prime sur celui des familles qui vivent du pastoralisme. Certains croient voir de la haine dans certaines manifestations anti ours mais c’est la souffrance d’un monde qu’ils ont sous les yeux. Pour autant, je suis favorable à la présence de l’ours dans nos forêts mais si l’État français a été condamné par l’UE pour défaut de protection de l’ours, quand le sera-t-il pour défaut de protection du pastoralisme et des nombreuses familles qui en vivent ?

Revenons au point de départ : l’ours brun. Je vous laisse vous renseigner sur cet animal magnifique et puissant, fascinant. Son intelligence à l’air remarquable, pour preuve ses techniques d’attaque et la patience dont il fait preuve. L’ours a de la mémoire donc il peut s’éduquer sans changer sa nature sauvage. Pas question de le chasser ou le blesser, ni de le harceler. Comprendre son fonctionnement. Les apports carnés ne représentent normalement que 20 pour cent de son régime alimentaire. Il mange beaucoup d’herbe et de fruits, quand il le peut. Cela pose un problème si on décide que le pastoralisme ne fait pas parti de l’équation car la montagne qui n’est pas pacagée se couvre de fougères et les fraises n’y poussent plus. Alors faute de fraises, il aura un régime plus carné.
Est-il tenable de souhaiter éloigner les bergers des estives pour les remplacer par des ours ou par des armées de touristes que nous appelons de toutes nos agences de communication ?
Il n’y a aucune durabilité dans la sauvegarde de l’ous brun des Pyrénées sans la prise en compte de toutes les interactions. Il est temps de trouver cet équilibre, c’est une question de survie, pour l’ours et pour le pastoralisme.

Retour à l’ours. Pour lui, tout est question de territoire, en amour comme à la guerre. C’est une information olfactive qui va lui délivrer en premier lieu l’information qu’il entre sur un territoire occupé. Lorsqu’il identifie un territoire connu, il a la mémoire des ressources qu’il va y trouver et de son rapport hiérarchique avec le maître des lieux. Il est essentiel que l’ours associe l’odeur des animaux d’élevage avec le territoire d’un occupant auquel il n’oserait se frotter qu’en cas de rivalité reproductive. L’ours évite naturellement l’homme et ses sens hyper développés sont en éveil pour éviter la rencontre. Une fois intégré que le bétail fait parti du territoire de l’homme, il éduquera ses oursons et les générations suivantes dans ce sens.

A notre époque, pour construire un plan il faut un budget. L’État doit prendre en compte qu’il peut faire des économies considérables avec une mise en œuvre assez simple et peu onéreuse. Economies veut aussi dire que l’action de l’État pourrait être beaucoup plus efficiente pour une même somme mais une réalité à mi chemin entre économies et redéploiement de moyens, pourrait grandement améliorer la condition des acteurs de terrain. Mais surtout, si nous laissons l’ours prédater sans entrave le bétail, cela voudra dire que nous le nourrissons et que nous aurons échoué dans notre devoir de protéger l’ours brun des Pyrénées car nous n’aurons plus d’ours sauvages mais des ours domestiques. La nuance est de taille.

Le plan

L’ours connait l’odeur des animaux d’élevage et c’est synonyme pour lui d’un repas facile. Je propose en premier lieu de marquer le bétail, le corral, la cabane du berger avec une huile essentielle (lavande par exemple car elle est absente de nos montagnes). Dès le début de ce traitement, l’ours saura que quelques chose a changé. Ensuite, pour pacifier Paris et rééquilibrer le rapport de force dans nos estives, je propose une souscription auprès des Escadrons de Gendarmerie Mobile et des Compagnies Républicaines de Sécurité pour qu’ils fassent don de quelques LBD à nos groupements pastoraux et leur dispense la formation ad hoc. Bien sûr tout cela serait contingenté et encadré par une autorité administrative compétente. Je précise pour ceux qui n’auraient pas suivi l’actualité pré-dominicale pendant plus d’un an que le Lanceur de Balles de Défense est une arme de défense non létale dont la portée utile n’excède pas trente mètres. Les rencontres aussi rapprochées sont rarissime et la constitution physique d’un ours sauvage de 220 kilos n’a rien à voir avec celle d’un gilet jaune domestique de 70 kilos. Aucun risque de blesser le plantigrade mais il saura désormais que cette odeur est associée à quelques chose qui ne lui plait pas. C’est une solution simple mais pas simpliste, inspirée par les travaux de Pavlov et mes observations du comportement animal. Le gain de productivité serait visible dès la première saison d’estive selon moi.
Alors ? Des aides pour monter des magasins de producteurs, des salles d’abattage et de découpe pour redonner des revenus à nos éleveurs, de la formation et de l’éducatif pour informer sur l’arrivée de l’ours dans les fronts de colonisation de l’ours brun… Et encore de belles économies au bout et une image restaurée pour l’État.

Alors qu’est-ce qu’on attend ? L’avis des experts !